Aller au contenu principal
Soft Travel

La page de définition

Qu’est-ce que le tourisme doux ? Définition, origines et ce qu’il n’est pas

Un terme avec cinquante ans d’histoire, un renouveau moderne et trois quasi-homonymes avec lesquels on ne cesse de le confondre. Cette page règle les quatre.

Par Steven Keen

MSc Responsible Tourism Management (en cours), certifié GSTC et ICRT

20 min de lecture Mis à jour le Sources vérifiées le

La définition

Le tourisme doux est une façon de voyager qui privilégie le bien-être mental du voyageur, la spontanéité et un rythme doux plutôt que des itinéraires surchargés et un tourisme de performance. Il traite un voyage comme un temps de récupération psychologique et de présence—activité sans hâte, planification minimale, affranchissement de la pression de voir, faire et documenter—plutôt que comme une liste à cocher.

Trois traits le distinguent de ses voisins. Premièrement, son unité d’analyse est l’état intérieur du voyageur, non la destination : un voyage est doux dans la mesure où la personne qui l’entreprend peut se reposer, remarquer et répondre. Deuxièmement, il est défini par la posture, non par l’activité : la même marche peut être douce ou intensive selon qu’on la fait pour la marche ou pour la photo au sommet. Troisièmement, il est compatible avec ses voisins plutôt qu’en concurrence avec eux—un voyage lent, durable et accessible peut être doux, et la douceur tend à rendre les autres plus faciles.

C’est la définition de travail utilisée sur ce site—énoncée comme une définition de la pratique, non comme l’affirmation qu’un organisme officiel aurait normalisé le terme. Aucune organisation de normalisation ne définit actuellement le « tourisme doux » ; son terme ancêtre, en revanche, a une histoire documentée, qui fait l’objet de la section suivante.

Origines : cinquante ans de « Sanfter Tourismus »

1977

L’urbaniste suisse Fred Baumgartner emploie le terme sanfter Tourismus (« tourisme doux ») dans un essai de la Neue Zürcher Zeitung consacré au tourisme dans les pays en développement—la première utilisation attestée.[1] Ses critères paraissent aujourd’hui prophétiques : emplois locaux, comptabilité honnête des coûts et bénéfices, écosystèmes intacts et information véridique sur le pays visité.

1980

Le futurologue Robert Jungk inscrit l’idée sur la carte publique avec un essai de GEO dont le titre demande « Combien de touristes par hectare de plage ? »[2] Sa pièce maîtresse—une juxtaposition sur deux colonnes du voyage « intensif » et « doux »—devient l’un des tableaux les plus cités de la critique touristique.

1984

Le chercheur en tourisme bernois Jost Krippendorf publie Die Ferienmenschen (« Les gens des vacances »), le fondement savant de la critique : le tourisme de masse reproduit l’épuisement industriel qu’il promet de soulager, et le voyage devrait plutôt servir le développement véritable du voyageur et la dignité de la communauté d’accueil.[3]

1988

L’académie de langue allemande consolide le slogan en un terme technique,[4] et au fil des années 1990 son programme écologique est progressivement absorbé dans le vocabulaire international du tourisme durable. Le fil psychologique—un voyage doux pour le voyageur—se tait mais ne meurt pas.

Années 2020

Le fil renaît du côté du consommateur : la décélération post-pandémie, la conscience grand public de la santé mentale et le vocabulaire de la « soft life » d’une génération plus jeune produisent le tourisme doux comme pratique centrée sur le voyageur. Ce renouveau est, selon la lecture de ce site, moins une idée neuve que la psychologie de Krippendorf trouvant enfin son public—par une jolie coïncidence, le terme que la psychologie environnementale emploie elle-même pour dire comment la nature retient l’attention est la « fascination douce » de Kaplan.[5]

Voyage intensif contre voyage doux — cliquez sur une paire pour comprendre l’enjeu de la ligne. Source(s): Adapté et abrégé de Robert Jungk, « Wieviel Touristen pro Hektar Strand? », GEO 10/1980.
Intégrer ce graphique

Intégration gratuite. L’élément intégré conserve un crédit visible renvoyant vers cette page.

Les preuves : ce que « doux pour le voyageur » fait vraiment

Les affirmations du tourisme doux reposent sur l’un des corpus les mieux répliqués de la psychologie environnementale : ce que du temps sans hâte dans des environnements réparateurs fait à un être humain pendant qu’il dure. La donnée fondatrice est chirurgicale : des patients dont la fenêtre d’hôpital donnait sur des arbres récupéraient plus vite et avaient besoin de moins d’antalgiques que des patients face à un mur de briques.[6] La théorie fondatrice est attentionnelle : l’attention dirigée—le type focalisé et coûteux dont vit une vie professionnelle—est une ressource épuisable, et les environnements qui retiennent l’attention sans effort (la « fascination douce » : l’eau qui bouge, le feuillage, un rivage) lui permettent de se rétablir.[5] Kaplan et Berman ont soutenu plus tard que cette même ressource sous-tend l’autorégulation elle-même, ce qui explique pourquoi un voyageur épuisé s’emporte devant un distributeur de billets.[7]

Autour de ce noyau, les résultats convergent de plusieurs directions. Une revue de recherche sur vingt ans en santé publique, épidémiologie et psychologie constate des associations constantes entre le contact avec la nature et l’amélioration de l’affect, de la cognition et de la physiologie du stress.[8] La dose compte et est étonnamment modeste : une expérience de terrain suivant des biomarqueurs salivaires a montré une baisse du cortisol d’environ 21 % par heure d’expérience de nature, la plus grande efficacité se situant entre 20 et 30 minutes[9] —et une étude portant sur 20 000 personnes fixe le seuil hebdomadaire d’une bonne santé et d’un bien-être autodéclarés à environ 120 minutes dans la nature.[10] Les expériences japonaises de bain de forêt—24 forêts, protocoles standardisés—ont relevé un cortisol, une fréquence cardiaque et une tension artérielle plus bas en forêt qu’en environnements urbains témoins.[11]

minutes dans un cadre naturel réduction du stress (cortisol salivaire) 0102030405060 le plus efficace : minutes 20–30 ≈21% par heure au total

Représentation stylisée des résultats rapportés par les études — la forme, non un report de leurs données.

La dose de restauration — une séance, une semaine. Basculez entre les vues. Source(s): Hunter, M. R. et al., Frontiers in Psychology 10:722 (2019) ; White, M. P. et al., Scientific Reports 9:7730 (2019). Stylisé : la forme, non un tracé exact.
Intégrer ce graphique

Intégration gratuite. L’élément intégré conserve un crédit visible renvoyant vers cette page.

Rien de tout cela n’exige une expédition en pleine nature, et c’est précisément là le point. Les mécanismes—fascination douce, être ailleurs, faible éveil—sont sollicités par un banc de port aussi bien que par un sommet, par la troisième matinée sans hâte dans le même village mieux que par six destinations en six jours. Le tourisme doux est, en effet, la forme d’itinéraire que ces résultats prédisent : moins de lieux, tenus plus longtemps, visités aux conditions du système nerveux.

Et le cadre honnête autour des preuves, énoncé avant que quiconque ne les surinterprète : ce sont des études sur le contact avec la nature, les environnements réparateurs et les vacances—non des essais cliniques du « tourisme doux » comme protocole de marque, que personne n’a menés. Les résultats établissent les mécanismes et les doses ; la contribution de ce site est l’observation qu’une façon particulière et ancienne de voyager se trouve les administrer bien. Le tourisme doux n’est pas une thérapie, ne soigne rien et ne remplace aucun soin dont un lecteur pourrait avoir besoin—c’est une manière d’agencer ses journées dont la littérature de la restauration prédirait qu’elle procure le ressenti que les voyageurs rapportent.

Chaque étude ci-dessus porte sur l’état du voyageur—ce que les journées font ressentir et ce que le corps fait pendant que le voyage dure. Ce qu’il advient de ces gains une fois la valise défaite est une autre question, abordée ensuite.

Le problème de la récupération : pourquoi les vacances ordinaires cessent de fonctionner

La psychologie du travail a mesuré ce que la plupart des voyageurs actifs soupçonnent : les vacances fonctionnent, brièvement. Une étude de terrain classique portant sur des employés de bureau a constaté une baisse du burn-out au fil des vacances—et un retour au niveau de départ en trois semaines, l’essentiel du soulagement disparaissant en quelques jours.[12] Des travaux ultérieurs ont affiné le mécanisme : ce n’est pas le congé en soi qui restaure les gens, mais ce que le congé contient—une faible charge de travail, un véritable détachement du travail et des expériences reposantes prédisent le bien-être post-vacances ; la charge de travail et le non-détachement l’effacent.[13]

Les méta-analyses s’accordent sur la forme de la courbe. Les effets des vacances sur la santé et le bien-être sont réels, d’ampleur modérée, et s’estompent rapidement après le retour[14] —la méta-analyse de 2023 met des chiffres exploitables sur la récupération comme sur son estompement.[15] La conclusion pratique pour le voyageur est à double tranchant. Premièrement : la manière dont vous voyagez décide si les vacances fonctionnent tout court—un voyage avec la charge de travail, le planning et les habitudes d’écran d’une semaine de bureau échoue de façon mesurable comme récupération, ce qui est l’argument empirique le plus fort en faveur du voyage doux. Deuxièmement : même la restauration d’un voyage parfait est temporaire par conception. Ce n’est pas un défaut du tourisme doux ; c’est ce qu’est la restauration. Le sommeil n’abolit pas non plus la fatigue de demain.

La frontière, énoncée clairement

Tout sur cette page concerne l’état du voyageur pendant le voyage—la restauration, qui s’estompe et est faite pour être répétée. Certains voyages laissent autre chose derrière eux : des déplacements durables de perspective, de valeurs ou de comportement qui survivent au vol de retour. C’est un phénomène différent, avec une littérature de recherche différente (changement de trait, non d’état), et ce n’est délibérément pas le sujet de ce site. Il a sa propre ressource, du même auteur : le tourisme transformationnel—la frontière, tracée depuis l’autre côté. La restauration est la météo du voyage ; la transformation en est la géologie.

Comment pratiquer le tourisme doux

Le tourisme doux n’exige ni équipement ni certification—c’est un ensemble de décisions, la plupart prises avant le départ. Les six ci-dessous découlent directement des preuves ci-dessus ; aucune n’est une règle, et la dernière prime sur les autres.

1. Choisir moins de points de chute, tenus plus longtemps

La décision au plus fort levier. Chaque changement de base coûte une journée de logistique et réinitialise la période d’acclimatation durant laquelle un lieu est un décor plutôt qu’un environnement. Un point de chute par semaine est un bon repère par défaut ; deux par quinzaine. La littérature sur la récupération est brutale sur la raison : les expériences reposantes restaurent, la charge de travail efface[13] —et se déplacer, c’est de la charge de travail avec un chapeau de soleil.

2. Programmer du vide, pas des activités

Fixez les points fixes—l’arrivée, la seule chose que vous regretteriez de manquer—et laissez délibérément le reste non assigné. La spontanéité n’est pas l’absence de plan ; c’est un plan qui laisse de la place pour répondre au lieu. Un test utile avant d’ajouter quoi que ce soit à l’itinéraire : est-ce pour l’expérience, ou pour l’avoir-fait ?

3. Prendre la dose quotidienne de nature

Vingt à trente minutes sans hâte dans un cadre naturel, c’est là que la réduction du stress mesurée est la plus efficace[9] —un rivage, une lisière de village, un bosquet font l’affaire. Cela s’accumule : environ deux heures sur la semaine constituent le seuil associé à une bonne santé et un bien-être autodéclarés.[10] Sur la plupart des voyages, cela se produit tout seul, sauf si le planning l’empêche—voir la décision 2.

4. Marcher sans destination une fois par jour

Le mécanisme réparateur est attentionnel—les environnements qui retiennent l’attention sans effort laissent le type dirigé se rétablir.[5] Une marche quotidienne faite pour la marche, téléphone en poche, sollicite exactement cela. Il existe même un essai contrôlé de la pratique : des participants affectés à des « marches d’émerveillement » hebdomadaires—des marches tournées vers le fait de remarquer plutôt que d’avaler de la distance—ont rapporté une joie et une émotion prosociale croissantes sur huit semaines, contre des témoins qui parlaient surtout d’eux-mêmes.[16]

5. Se détacher pour de vrai

Le détachement psychologique du travail est l’un des plus forts prédicteurs de la capacité des vacances à restaurer tout court[13] —et il est comportemental, non velléitaire : le compte professionnel déconnecté, la fenêtre du « juste un coup d’œil » fermée, le message d’absence honnête. L’appareil photo mérite une version de la même discipline. Documentez moins ; la note écrite à la table de la taverne survit aux deux cents photos que personne ne revisite.

6. Laisser le lieu donner le tempo

Mangez quand les habitants mangent, reposez-vous quand la ville se repose, et traitez le magasin fermé l’après-midi comme une information sur la façon dont la vie s’y mène plutôt que comme un obstacle au plan. C’est la règle qui prime sur les autres : si suivre l’une des cinq précédentes est elle-même devenue une liste à cocher, posez la liste. Le tourisme doux mesuré est le tourisme doux manqué.

À quoi cela ressemble sur une île réelle—saisons, points de chute au village, budgets et où se trouve réellement le calme—est le sujet du guide de terrain sur la Crète.

Ce que le tourisme doux n’est pas

Trois termes établis partagent le mot « doux », et aucun ne signifie ce que ce site entend. Bien poser les frontières, c’est la moitié de la définition.

Pas le tourisme d’aventure douce

L’aventure douce est un segment établi de l’industrie : des activités d’aventure au frisson perçu mais au risque réel faible, requérant des compétences de débutant et généralement un guide—marche, plongée avec tuba, canoë, équitation.[17] Elle classe des activités par niveau de risque, sur un spectre dont l’autre extrémité est l’« aventure intensive » (escalade, spéléologie, voyage d’expédition).[18]

Le tourisme doux ne classe rien par risque. C’est une posture envers le temps et l’attention—et des vacances d’aventure douce avec six activités programmées par jour sont, dans les termes de ce site, un voyage intensif.

Pas le « soft all inclusive »

Dans la tarification hôtelière—surtout sur les marchés italien et allemand—le soft all inclusive est une formule de pension : un forfait tout compris avec une gamme réduite de boissons, d’en-cas ou d’horaires. C’est un terme de restauration. Il n’a rien à voir avec la façon dont on voyage, et les recherches qui mêlent les deux finissent déçues dans les deux sens.

Pas tout à fait « sanfter Tourismus » non plus

L’ancêtre même du tourisme doux[1] est aujourd’hui surtout un terme de politique de destination : les régions germanophones emploient sanfter Tourismus pour le développement touristique à faible impact—orientation des visiteurs, transport, capacité de charge. Le tourisme doux est le descendant côté pratique du voyageur de la même critique : ce que la destination planifie, le voyageur l’accomplit. Apparentés, complémentaires—pas synonymes.

Et un proche cousin : le slow travel

Le slow travel est le parent le plus authentique, et le seul quasi-homonyme doté de sa propre monographie savante : Dickinson et Lumsdon le définissent autour de modes plus lents, de séjours plus longs et du trajet vécu comme partie du voyage.[19] La différence tient à l’axe : le slow travel se mesure en temps et en profondeur d’immersion ; le tourisme doux, à l’état intérieur du voyageur. Un voyage de deux jours peut être parfaitement doux ; un séjour de trois mois peut être un travail intense. Le tableau comparatif de la page d’accueil place côte à côte les trois grands termes.

Le frère : le voyage transformationnel

Le voyage transformationnel pose une question différente sur le même voyageur : non pas ce que le voyage fait ressentir pendant qu’il dure, mais ce qu’il change durablement ensuite. La frontière est précise, et les deux sites l’énoncent à l’identique : le tourisme doux agit sur l’état du voyageur pendant le voyage—la restauration, qui s’estompe et doit être répétée—tandis que le voyage transformationnel agit sur le changement de trait après lui, qui persiste. La restauration est la météo du voyage ; la transformation en est la géologie. Il a sa propre littérature de recherche et sa propre ressource, du même auteur : la frontière, tracée depuis l’autre côté. (Les domaines de redirection meaningfultourism.com et intentionaltourism.com y renvoient, pas ici.)

Où se situe le tourisme doux dans le voyage guidé par les valeurs

Le voyage guidé par les valeurs ne cesse de poser des questions différentes sur le même voyage, et chaque question a son propre corpus de connaissances. Le tourisme responsable demande ce que le voyage fait au lieu et qui en répond. Le tourisme éthique demande ce qui est bien ou mal en chemin. Le tourisme inclusif demande qui a seulement le droit de partir. Le tourisme régénératif demande ce que le voyage laisse derrière lui dans le lieu. Le tourisme transformationnel demande ce que le voyage change durablement chez le voyageur une fois terminé.

Le tourisme doux occupe le siège restant à cette table : ce que le voyage fait au voyageur pendant qu’il dure. C’est la moins moralisatrice des six questions et, peut-être pour cette raison, la porte d’entrée la plus fréquente—les gens arrivent en quête de repos et repartent en ayant remarqué le lieu. Un voyageur sans hâte a le temps de poser les cinq autres questions ; un voyageur pressé le fait rarement.

Comment cela fonctionne sur le terrain—sur une île qui a institutionnalisé le fait de prendre son temps—est le sujet du guide de terrain sur la Crète.

Les critiques, à qui l’on donne la parole

Le sanfter Tourismus avait à peine dix ans quand la recherche touristique l’a mis en procès, et les charges ont assez bien vieilli pour que tout héritier honnête doive y répondre. L’essai de 1990 de Richard Butler demandait si le tourisme « alternatif »—le genre doux, à petite échelle, en douceur—était un vœu pieux ou un cheval de Troie :[20] pieux, parce qu’une pratique de niche adoptée par une poignée de vertueux ne pourrait jamais infléchir une industrie de centaines de millions ; troyen, parce que les pionniers doux qui « découvrent » une vallée intacte sont historiquement l’avant-garde de sa version bitumée—le tourisme à petite échelle ouvre des portes que le tourisme de masse franchit ensuite. Brian Wheeller était plus tranchant encore : les réponses de « voyage responsable » de l’époque étaient, soutenait-il, des micro-solutions à un macro-problème,[21] servant surtout à faire qu’une minorité sensible se sente mieux de voyager—de l’égo-tourisme habillé d’éthique.

La réponse de ce site commence par une concession : les deux critiques ont largement raison sur ce qu’elles attaquent—c’est-à-dire la version du tourisme doux qui se vend comme un remède aux problèmes industriels du tourisme. C’est précisément pourquoi ce site ne le vend pas comme tel. Ici, le tourisme doux est défini comme une pratique personnelle au bénéfice personnel et honnêtement périssable—l’état propre du voyageur—et les questions à l’échelle de l’industrie dont les critiques disaient à juste titre que la douceur ne peut y répondre sont tenues par les autres ressources du réseau, où elles sont traitées à l’échelle qu’elles exigent : gouvernance et cadres sur responsibletourism.com, résultats pour les lieux et leur mesure sur regenerativetravel.org. Une pratique qui promet du repos et livre du repos n’a fait aucune fausse promesse que Wheeller pourrait crever.

L’accusation de cheval de Troie mérite sa propre réponse, car c’est celle qui mord encore. Le cycle découverte-puis-développement est réel—et les atténuations honnêtes du voyageur doux sont comportementales, non rhétoriques : la crique tranquille laissée sans géolocalisation, le village méconnu nommé à des amis plutôt qu’à des fils d’actualité, la préférence délibérée pour les lieux qui ont déjà des lits plutôt que pour ceux qui devraient en construire. La petitesse seule ne sauve rien, comme le disait Butler ;[20] la petitesse plus la discrétion refuse au moins de dessiner la carte pour les bulldozers. Et là où une destination est déjà découverte, l’arithmétique s’inverse : la quinzaine hors saison, au long séjour, aux dépenses locales du voyageur doux est la visite la moins troyenne que l’industrie moderne sache offrir.

Ce qui reste, après les concessions, est l’affirmation que les critiques n’ont jamais touchée : qu’il existe une façon de voyager qui restaure de façon mesurable la personne qui la pratique, qu’elle est ancienne, bon marché et apprenable, et qu’aucune critique macro ne rend un humain épuisé moins épuisé. Le micro n’a jamais été une solution au macro. C’était une solution au micro—et ce site tient les deux honnêtement séparés.

Pourquoi « doux »—une note sur le nom

Le nom est hérité, et ce site le conserve délibérément. Sanft—le mot que Baumgartner a choisi en 1977[1] et que Jungk a porté dans le débat public[2] —signifie doux dans les deux sens à la fois : doux pour le lieu et doux pour la personne, sans hiérarchiser les deux. Aucune solution anglaise ne le préserve. Le « slow travel » réduit l’idée au tempo—et le livre qui a fondé la littérature du slow travel dit explicitement que son centre de gravité est le trajet et son empreinte,[19] ce qui est un sujet différent (et digne). Le « mindful travel » importe un registre méditatif que l’original n’a jamais eu ; le « gentle tourism », la traduction littérale, se lit en anglais comme un produit pour personnes âgées. Doux conserve l’étendue du mot allemand—la texture, pas seulement la vitesse ; une qualité de contact, pas seulement un rythme de déplacement—et, par une coïncidence dont ce site ne s’est jamais remis, c’est aussi l’adjectif propre de la psychologie environnementale pour la façon dont la nature retient une attention en train de se rétablir : la fascination douce.[5]

Le nom fixe aussi les obligations du site. Une ressource qui se dit douce ne peut pas sermonner, ne peut pas faire la morale à ses lecteurs pour les rendre doux, et ne peut pas promettre ce que la douceur n’a jamais promis—aussi le registre de ce site est-il l’invitation plutôt que l’instruction, ses affirmations s’arrêtent là où s’arrêtent ses preuves, et son unique point non négociable est celui que le nom portait dès sa naissance : quoi que fasse d’autre un voyage, il devrait être doux pour la personne qui le vit.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le tourisme doux, en une phrase ?

Le tourisme doux est une façon de voyager qui place l’état intérieur du voyageur au premier plan — un rythme sans hâte, la spontanéité et la récupération psychologique plutôt que des itinéraires surchargés et un tourisme de performance.

Le tourisme doux est-il la même chose que le slow travel ?

Non. Le slow travel se définit par le temps et le mode — longs séjours, transport terrestre, le trajet comme partie du voyage (Dickinson & Lumsdon, 2010). Le tourisme doux se définit par l’état intérieur du voyageur. Un voyage de deux jours peut être parfaitement doux ; un séjour de trois mois peut être un travail intense. En pratique, les deux se recoupent souvent, ce qui explique pourquoi on les confond si obstinément.

Le tourisme doux, est-ce juste ne rien faire sur un transat ?

Non. Les preuves derrière le tourisme doux portent sur l’attention, non sur l’inactivité : les environnements qui retiennent l’attention sans effort — un rivage, une rue de village, un sentier forestier — sont ceux qui restaurent le type dirigé et épuisé (la « fascination douce » de Kaplan). Une marche douce faite pour la marche restaure davantage qu’une journée programmée au bord de la piscine passée à répondre aux e-mails du travail.

Combien de temps doit durer un voyage doux ?

La durée compte moins que la forme. La réduction du stress mesurée au contact de la nature est la plus efficace dans les 20 à 30 premières minutes d’une séance, environ deux heures par semaine constituent le seuil de bien-être dans une étude portant sur 20 000 personnes, et la recherche sur les vacances constate que c’est ce que les journées contiennent — détachement, faible charge de travail, expérience reposante — qui décide si un voyage restaure. Un week-end doux surpasse une quinzaine intensive.

Les bienfaits durent-ils après le retour à la maison ?

Honnêtement : le plus souvent, non. Les effets des vacances sont réels mais s’estompent en quelques semaines après le retour — c’est ce qu’est la restauration, et le tourisme doux ne prétend pas le contraire. Un changement durable chez le voyageur après le voyage est un phénomène différent (changement de trait, non d’état) doté de sa propre littérature de recherche, traité par cet auteur sur transformationaltourism.com.

D’où vient le terme « tourisme doux » ?

Son ancêtre documenté est l’allemand « sanfter Tourismus » (tourisme doux) : d’abord attesté chez Baumgartner (Neue Zürcher Zeitung, 1977), rendu idée publique par la juxtaposition intensif/doux de Robert Jungk (GEO, 1980), et doté d’une assise savante par Jost Krippendorf (1984). Le renouveau moderne, centré sur le voyageur, date des années 2020.

Références

Les liens renvoient à l’éditeur d’origine lorsqu’il en existe un en ligne ; les sources de l’ère imprimée sont citées intégralement. Tous les liens vérifiés le July 9, 2026.

  1. Tourismus in der Dritten Welt - Beitrag zur Entwicklung? — Baumgartner, F. Neue Zürcher Zeitung, September 16, 1977 (print). [Allemand] La première utilisation attestée de « sanfter Tourismus ».
  2. Wieviel Touristen pro Hektar Strand? Plädoyer für sanftes Reisen — Jungk, R. GEO 10/1980, pp. 154-156 (print). [Allemand] L’essai qui a porté l’idée dans le débat public.
  3. Die Ferienmenschen (English edition: The Holiday Makers, Heinemann, 1987) — Krippendorf, J. Orell Füssli, 1984. [Allemand]
  4. Sanfter Tourismus: Vom Schlagwort zum Fachbegriff — Rochlitz. Freizeitpädagogik 10(3-4), 1988. [Allemand] Comment le slogan est devenu un terme technique.
  5. The restorative benefits of nature: Toward an integrative framework — Kaplan, S. Journal of Environmental Psychology 15(3), 1995, pp. 169-182. [Anglais]
  6. View Through a Window May Influence Recovery from Surgery — Ulrich, R. S. Science 224(4647), 1984, pp. 420-421. [Anglais]
  7. Directed Attention as a Common Resource for Executive Functioning and Self-Regulation — Kaplan, S. & Berman, M. G. Perspectives on Psychological Science 5(1), 2010, pp. 43-57. [Anglais]
  8. Nature and Health — Hartig, T., Mitchell, R., de Vries, S. & Frumkin, H. Annual Review of Public Health 35, 2014, pp. 207-228. [Anglais]
  9. Urban Nature Experiences Reduce Stress in the Context of Daily Life Based on Salivary Biomarkers — Hunter, M. R., Gillespie, B. W. & Chen, S. Y.-P. Frontiers in Psychology 10:722, 2019. [Anglais]
  10. Spending at least 120 minutes a week in nature is associated with good health and wellbeing — White, M. P. et al. Scientific Reports 9:7730, 2019. [Anglais]
  11. The physiological effects of Shinrin-yoku (taking in the forest atmosphere or forest bathing): evidence from field experiments in 24 forests across Japan — Park, B. J. et al. Environmental Health and Preventive Medicine 15, 2010, pp. 18-26. [Anglais]
  12. Effects of a respite from work on burnout: Vacation relief and fade-out — Westman, M. & Eden, D. Journal of Applied Psychology 82(4), 1997, pp. 516-527. [Anglais]
  13. Recovery, well-being, and performance-related outcomes: The role of workload and vacation experiences — Fritz, C. & Sonnentag, S. Journal of Applied Psychology 91(4), 2006, pp. 936-945. [Anglais]
  14. Do We Recover from Vacation? Meta-analysis of Vacation Effects on Health and Well-being — de Bloom, J. et al. Journal of Occupational Health 51(1), 2009, pp. 13-25. [Anglais]
  15. We Continue to Recover Through Vacation! Meta-Analysis of Vacation Effects on Well-Being and Its Fade-Out — European Psychologist 28(4), 2023. [Anglais]
  16. Big smile, small self: Awe walks promote prosocial positive emotions in older adults — Sturm, V. E. et al. Emotion 22(5), 2022, pp. 1044-1058. [Anglais]
  17. Soft Adventure (definition) — Caribbean Tourism Organization. [Anglais]
  18. The European market potential for adventure tourism — CBI, Netherlands Ministry of Foreign Affairs. [Anglais]
  19. Slow Travel and Tourism — Dickinson, J. & Lumsdon, L. Earthscan, 2010. ISBN 9781849711135. [Anglais]
  20. Alternative Tourism: Pious Hope Or Trojan Horse? — Butler, R. W. Journal of Travel Research 28(3), 1990, pp. 40-45 - the classic critique of «soft»/alternative tourism’s claims. [Anglais]
  21. Tourism’s troubled times — Wheeller, B. Tourism Management 12(2), 1991, pp. 91-96 - the era’s sharpest skeptic: small-scale «responsible» answers to a mass-scale problem. [Anglais]

À propos de l’auteur

Steven a passé dix ans à réaliser des documentaires dans les lieux que le tourisme oublie — ses travaux sont conservés dans les archives de l’Organisation internationale du travail de l’ONU — avant d’aller vivre dans l’un d’eux : un village de montagne en Crète, son foyer depuis 2023. Il achève un MSc en Responsible Tourism Management (certifié GSTC et ICRT) et a fondé CRETAN® — divulgué partout où il est mentionné.

En savoir plus sur cette ressource →

Une fois par mois, une lettre de Crète

La plupart des récits de voyage sont lisses et écrits de l’extérieur. Celui-ci est brut et écrit de l’intérieur : un village de montagne en Crète. Sans bruit.

Pas de spam. Jamais. Désabonnement à tout moment. Notre politique de confidentialité.