La page de politique
Sanfter Tourismus : le modèle de politique alpine
Par Steven Keen
MSc Responsible Tourism Management (en cours), certifié GSTC et ICRT
15 min de lecture Mis à jour le Sources vérifiées le
Le web anglophone classe le « sanfter Tourismus » sous la nostalgie. Les Alpes l’ont classé sous la loi—un traité contraignant, un réseau de villages sans voiture, et un point précis sur la route où la voiture doit rebrousser chemin.
À retenir
- Là où le tourisme doux est une pratique du voyageur, le sanfter Tourismus dans les Alpes est une politique de destination—ce que la destination planifie, le voyageur l’accomplit.
- Il possède une colonne vertébrale juridique contraignante : la Convention alpine (Salzbourg, 1991 ; en vigueur en 1995) et son Protocole Tourisme (Bled, 1998 ; en vigueur en 2002)—la seule région sur terre dotée d’un traité touristique contraignant.
- Il possède une couche opérationnelle : la coopérative Alpine Pearls de villages sans voiture (2006) et le fleuron Werfenweng, village modèle de mobilité douce depuis 1997, dont la carte SAMO récompense qui remet les clés de sa voiture.
- La signature de tout le modèle est spatiale—là où la voiture s’arrête : même village, mêmes lits, mêmes hôtes, seule l’architecture de l’arrivée a changé.
- Le bilan honnête : ils sont un régime minoritaire dans une économie alpine de ski de masse. Le traité existe ; les Alpes ne sont pas « douces ». Cet écart est tout l’enjeu.
La définition : politique, non ambiance
Ce site définit le tourisme doux comme une pratique du voyageur—une posture envers le temps et l’attention que la personne en voyage adopte. Cette définition a une moitié manquante, délibérée, et c’est ici qu’elle vit. L’ancêtre allemand de toute l’idée, le sanfter Tourismus, est aujourd’hui employé surtout dans un second sens : non pas ce que fait le voyageur, mais ce que la destination planifie. C’est un terme de politique—orientation des visiteurs, transport, capacité de charge, usage des sols—avant d’être un terme de sentiment.
La distinction n’est pas académique. Dans l’écriture de voyage anglophone, le « tourisme doux » se lit comme une atmosphère : des matinées sans hâte, une vallée préservée, un certain registre mélancolique. Cette lecture suppose tacitement que la douceur est quelque chose qu’un voyageur sensible apporte avec lui. La lecture alpine l’inverse : la douceur est quelque chose qu’un lieu construit—et un traité, une coopérative et une carte de mobilité villageoise en sont alors les outils. Les deux moitiés s’emboîtent comme cause et effet. Ce que la destination planifie, le voyageur l’accomplit. Un voyageur ne peut pas arriver en douceur dans une vallée conçue pour les voitures ; une vallée conçue pour les trains fait de l’arrivée douce l’option par défaut.
Cette page est la seule ressource de langue anglaise qui suive le sanfter Tourismus jusque dans son sens politique et montre où il est devenu contraignant. Ce n’est pas un traité de gouvernance—les questions à grande échelle de qui gouverne le tourisme et comment relèvent du tourisme responsable et du tourisme régénératif, et cette page s’en remet à eux. Son angle reste doux : les conditions qu’une destination aménage pour recevoir le voyageur doux, et l’unique décision qui les exprime.
Du slogan à la loi : comment les Alpes l’ont rendu contraignant
Le mot est arrivé comme une critique. À la fin des années 1970 et dans les années 1980, des auteurs germanophones—Fred Baumgartner en 1977, Robert Jungk en 1980 et le chercheur bernois Jost Krippendorf en 1984—ont démontré que le tourisme de masse consumait les paysages et les communautés mêmes dont il dépendait.8 Die Ferienmenschen de Krippendorf a donné à la critique sa colonne vertébrale intellectuelle, et son cadre n’était pas fortuit : les Alpes étaient l’endroit où l’Europe d’après-guerre avait industrialisé les vacances le plus complètement, et où le coût de l’avoir fait était le plus visible depuis un fond de vallée.
Dans la plupart du monde, cette critique est restée une critique—absorbée, au fil des années 1990, dans le vocabulaire international plus tiède du « tourisme durable », où les fils psychologique et local se sont tus. Dans les Alpes, elle a fait autre chose. Le mouvement de conservation disposait déjà d’une institution qui l’attendait : la CIPRA, la Commission internationale pour la protection des Alpes, fondée en 1952, qui plaidait depuis des décennies qu’un massif montagneux partagé traversant huit frontières nationales avait besoin d’un cadre juridique commun pour le protéger.4 Les documents fondateurs de la CIPRA avaient réclamé exactement une telle convention ; la critique du tourisme a donné à l’argument son tranchant contemporain le plus vif.
Le résultat fut la Convention alpine, signée à Salzbourg le 7 novembre 1991 par les États alpins et entrée en vigueur en 1995—un traité international liant l’Autriche, la France, l’Allemagne, l’Italie, le Liechtenstein, Monaco, la Slovénie et la Suisse, ainsi que l’Union européenne, à la protection et au développement durable d’un espace montagnard partagé unique.1 C’est le premier traité contraignant au monde pour toute une région de montagne, et il a transformé une décennie d’argumentaire sur le tourisme doux en une obligation portant des signatures. Le slogan était devenu une loi.
Une convention-cadre, toutefois, est une promesse d’en régler les détails plus tard. Les détails du tourisme sont arrivés sous la forme d’un protocole dédié—et c’est là que vit réellement le langage contraignant.
Le traité : ce que le Protocole Tourisme oblige réellement
La Convention alpine porte huit protocoles d’application, sur tout, de l’agriculture de montagne aux transports. L’un d’eux est entièrement consacré au tourisme : le Protocole d’application de la Convention alpine dans le domaine du tourisme, signé à Bled le 16 octobre 1998 et en vigueur depuis 2002.2 C’est ce qui se rapproche le plus au monde d’une loi contraignante du tourisme doux, et ses obligations traduisent le vieux slogan en verbes administratifs simples.
La capacité de charge plutôt que la croissance
Les parties s’engagent à maintenir le tourisme dans la capacité de charge écologique et sociale de chaque destination, et à privilégier la rénovation des installations existantes plutôt que la construction de nouvelles—un parti pris contre la remontée suivante, la station suivante, le bloc de lits suivant.
Zones de calme et non aménagées
Le Protocole demande aux signataires de désigner et de protéger des zones de calme et des zones laissées libres de tout aménagement—le traité inscrivant dans la loi « un endroit où l’industrie ne va pas ».
Mobilité douce
Il engage les parties à promouvoir les transports publics et non motorisés—la sanfte Mobilität—et à réduire la domination de la voiture dans le tourisme alpin. C’est la clause pour satisfaire laquelle les villages sans voiture ont été construits.
Étalement saisonnier et spatial
Il encourage à étaler la pression des visiteurs sur l’année et sur le territoire, plutôt qu’à la concentrer sur quelques semaines de pointe et quelques vallées à succès—l’instinct anti-surtourisme, avec des décennies d’avance.
Deux honnêtetés ont leur place ici. Premièrement, le Protocole lie les gouvernements à orienter, non les hôtels à se conformer—c’est un cadre d’obligations d’État, non une certification d’opérateur, d’où un langage qui se lit comme une direction plutôt que comme un audit. Deuxièmement, la Suisse a signé la Convention mais n’a pas ratifié les protocoles, si bien que même la couverture propre du traité est inégale. Une obligation contraignante d’orienter vers la douceur est une chose réelle et rare ; ce n’est pas la même chose que des Alpes douces.
Le réseau : Alpine Pearls et les vacances sans voiture
Un protocole obligeant les États à promouvoir la « mobilité douce » est une instruction sans adresse. Quelqu’un doit tout de même construire l’horaire des navettes, la flotte de vélos électriques et la promesse qu’une famille arrivant en train peut passer une semaine en montagne sans jamais regretter la voiture. Cette couche opérationnelle a un nom : Alpine Pearls, une coopérative de villages constituée à Vienne en 2006 et bâtie autour d’une proposition unique et vérifiable—arriver en train, et se rendre partout à la destination sans voiture privée.5
Le nombre d’adhérents oscille autour d’une vingtaine de villages dans plusieurs pays alpins, chacun tenu de satisfaire des critères communs : une gare ou un transfert garanti au terme du trajet ferroviaire, des centres de village à faible circulation, et une « garantie de mobilité » de navettes, de véhicules électriques partagés et de vélos qui remplace la voiture pour tout le séjour. Le mouvement important est que la sanfte Mobilität cesse d’être un adjectif de politique publique pour devenir une catégorie de réservation : un voyageur peut chercher des vacances sans voiture comme il chercherait une demi-pension. L’obligation abstraite du traité acquiert un site web et un billet de train.
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Remarquez ce que le réseau ne demande pas au voyageur : aucun vœu de privation, aucun renoncement. Il demande seulement que l’arrivée soit organisée autrement—puis aménage la destination de sorte que la voie douce soit aussi la voie facile. C’est la thèse du tourisme doux exprimée en infrastructure.
Le fleuron : Werfenweng et le modèle SAMO
Si le traité est la loi et Alpine Pearls le réseau, Werfenweng—un village du Land de Salzbourg, en Autriche—est le cas unique que l’on peut mesurer. Depuis 1997, il mène un programme explicite de sanfte Mobilität (SAMO), et il a fait la seule chose que la plupart des destinations « vertes » ne font jamais : il a changé l’incitation à la porte.6
Le mécanisme est la carte SAMO. Un hôte qui arrive en train—ou qui arrive en voiture et remet les clés à l’office de tourisme—reçoit une carte qui déverrouille la mobilité partagée du village : usage gratuit de petits véhicules électriques, une navette de jour, un taxi de nuit, des vélos électriques et un transfert depuis la gare de la vallée jusqu’à la porte. La voiture privée n’est pas tant interdite que rendue inutile : tout ce qu’elle aurait fait est fourni, et mieux fourni, à quiconque accepte de la laisser au garage. Werfenweng n’a pas demandé à ses visiteurs de sacrifier la mobilité ; il a séparé la mobilité de l’automobile et a gardé la première.
L’échelle est réelle mais modeste, et il faut l’énoncer comme les deux à la fois : de l’ordre de 300 000 nuitées par an reposent sur ce dispositif—une économie villageoise qui fonctionne, non une démonstration—tout en restant une petite commune parmi les milliers que compte le périmètre de la Convention alpine. Werfenweng est une preuve de concept, non une preuve de prévalence. Il montre que l’arrivée douce peut être aménagée et financée ; il ne montre pas que les Alpes ont choisi de le faire.
Est-ce que ça marche ? Le bilan honnête
Une page qui prétend être la référence sur une chose doit dire clairement quand cette chose n’a pas triomphé. Elle n’a pas triomphé. Les Alpes restent l’une des plus grandes régions touristiques du monde—selon la comptabilité propre de la Convention alpine, de l’ordre de cent millions de visiteurs et de plusieurs centaines de millions de nuitées par an3—et le moteur économique de la plus grande part est le sport d’hiver motorisé : téléphériques, enneigement artificiel, immobilier de station et la voiture qui porte la famille jusqu’à la remontée. Face à cela, un protocole de traité que bien des gouvernements traitent comme une aspiration et une coopérative d’environ deux douzaines de villages sans voiture sont un régime minoritaire, non la norme alpine.
Le bilan doit donc tenir deux colonnes distinctes. Dans la colonne des obligations : un traité contraignant, un protocole tourisme, un véritable corpus de politique de « mobilité douce » et des villages modèles avérés. Dans la colonne des résultats : une économie du tourisme alpin toujours dominée par le ski de masse à fort impact, une ratification inégale et des dispositifs de mobilité douce qui restent l’exception qu’un visiteur doit aller chercher. Qu’un Protocole Tourisme existe ne signifie pas que les Alpes sont douces. Les deux énoncés sont vrais en même temps, et une référence qui ne rapporte que le premier fait du marketing.
La valeur du modèle alpin est donc précise et limitée—ce qui est exactement ce qui la rend digne d’être citée. C’est le seul endroit où le « tourisme doux » a cessé d’être une ambiance, a été couché par écrit comme une obligation, puis réellement construit quelque part où un voyageur peut aller se tenir. C’est plus rare, et plus utile, qu’une région qui se contente d’avoir l’air douce.
Les critiques, à qui l’on donne la parole
Les mêmes sceptiques qui ont mis le tourisme doux à l’épreuve dans l’abstrait ont un dossier contre le modèle alpin en particulier. La question de Richard Butler en 1990—le tourisme alternatif est-il un vœu pieux ou un cheval de Troie ?9—tombe en plein sur un village sans voiture. La charge du vœu pieux : deux douzaines de villages modèles ne peuvent pas infléchir une industrie de centaines de millions, si bien que tout l’appareil risque d’être un apaisement de conscience de luxe pour les quelques bien informés. La charge du cheval de Troie est plus tranchante encore : la vallée douce, desservie par le rail, magnifiquement préservée est précisément le genre d’endroit qui se fait « découvrir », et une marque de mobilité douce peut devenir un halo marketing qui attire vers un lieu fragile plus de visiteurs que le calme promis ne peut en absorber. Le verdict plus brutal de Brian Wheeller cadre aussi—ce sont des micro-solutions à un macro-problème,10 la réponse d’une minorité sensible à une industrie de masse.
La concession est réelle : sur les chiffres, les deux critiques ont raison quant à l’échelle. Un protocole à ratification inégale et un réseau de deux douzaines de villages ne décarboneront pas, à eux seuls, le tourisme alpin. Mais le modèle alpin répond à une charge d’une manière qu’une brochure marketing ne peut pas—parce qu’il est contraignant. Le cheval de Troie de Butler, c’est le tourisme à petite échelle sans règles, ouvrant une vallée aux bulldozers qui suivent. Un traité signé imposant des limites de capacité de charge, des zones de calme protégées et un parti pris contre les aménagements nouveaux est la structure inverse : il existe précisément pour fermer la porte par laquelle passe le cycle découverte-puis-développement. Il peut le faire faiblement, inégalement, et à contre-courant d’une marée économique perdante. Mais « la douceur avec un instrument juridique derrière elle » est un objet vraiment différent de « la douceur comme ambiance », et c’est la seule version que la critique du cheval de Troie n’avale pas entièrement.
Ce qui survit aux critiques est modeste et vrai : les Alpes n’ont pas résolu le tourisme de masse, et les villages doux n’ont pas sauvé le massif. Ils ont construit, et inscrit dans la loi, une démonstration qui fonctionne—qu’une destination peut être aménagée pour recevoir les voyageurs en douceur—et ont laissé le reste de l’industrie sans l’excuse que c’est impossible.
Ce que le voyageur accomplit
Ramenons cela à la personne en voyage, car c’est la place de ce site à la table. Le modèle alpin est la moitié « destination » d’une phrase dont l’autre moitié est le tourisme doux : ce que la destination planifie, le voyageur l’accomplit. Une vallée qui a fait la planification—le rail jusqu’à la porte, une carte de mobilité, une voiture qui rebrousse chemin à la limite—offre au voyageur l’arrivée douce gratuitement. Les six politiques de destination du modèle alpin (limites de capacité, zones de calme, mobilité douce, étalement saisonnier, l’existant plutôt que le neuf, une obligation signée derrière tout cela) sont l’image en miroir des six pratiques du voyageur du tourisme doux : moins de points de chute tenus plus longtemps, du vide plutôt que des activités, la dose quotidienne de nature, la marche sans destination, un vrai détachement et laisser le lieu donner le tempo.
C’est pourquoi l’arrivée est la décision la plus lourde de conséquences du voyageur doux, et pourquoi le diagramme ci-dessus place tout le modèle sur une seule ligne. Le moment où la voiture s’arrête est le moment où le voyage change de registre : de couvrir du terrain à l’habiter, d’un emploi du temps que vous imposez à un tempo que vous recevez. Nul besoin d’une Alpine Pearl pour le faire—le même geste est possible sur toute île ou côte qui vit encore à son propre rythme, ce qui est le sujet du guide de terrain sur la Crète. Mais les Alpes sont l’endroit où un voyageur peut regarder toute une vallée prendre la décision en son nom, et ressentir ce que c’est que d’arriver quelque part qui a été construit pour vous recevoir en douceur.
Pour la définition centrée sur la pratique du voyageur que cette page de politique complète, commencez par Qu’est-ce que le tourisme doux ?—cette page-ci est la moitié « politique de destination » vers laquelle pointe sa note « pas tout à fait le sanfter Tourismus non plus ».
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le sanfter Tourismus (tourisme doux) ?
Le sanfter Tourismus est un concept de langue allemande — « tourisme doux » — employé à l’imprimé pour la première fois en 1977 et popularisé en 1980, désignant un tourisme doux à la fois pour le lieu et pour la personne. Dans l’écriture courante, la formule est traitée comme une ambiance nostalgique. Dans les Alpes, elle est traitée comme une politique de destination : une obligation qu’un lieu prend sur lui, non un sentiment que porte un voyageur. Cette page traite de ce second sens, contraignant.
Le sanfter Tourismus est-il juridiquement contraignant quelque part ?
Dans les Alpes, oui — plus que partout ailleurs sur terre. La Convention alpine (signée à Salzbourg en 1991, en vigueur depuis 1995) est un traité international entre les huit États alpins et l’UE, et son Protocole Tourisme (signé à Bled en 1998, en vigueur depuis 2002) est un instrument contraignant obligeant les signataires à orienter le tourisme vers la capacité de charge, les zones de calme, l’étalement saisonnier et la mobilité « douce » à faible impact. Aucun traité contraignant comparable sur le tourisme n’existe pour une autre région.
Qu’exige réellement le Protocole Tourisme de la Convention alpine ?
Le Protocole engage ses parties à concilier le tourisme et l’environnement alpin : respecter la capacité de charge des destinations, réserver des zones de calme et non aménagées, favoriser les transports publics et non motorisés (« mobilité douce »), limiter les aménagements nouveaux au profit de la rénovation de l’existant, et étaler la pression des visiteurs sur les saisons. C’est un cadre d’obligations pour les gouvernements, non une liste sur laquelle un hôtel est audité — d’où des résultats de terrain si variables.
Que sont les Alpine Pearls ?
Alpine Pearls est une coopérative de villages répartis dans les Alpes, constituée à Vienne en 2006, qui commercialise des vacances sans voiture : on arrive en train et on se déplace sur place en navette, en véhicule électrique et à vélo, une garantie de mobilité remplaçant la voiture privée. Le nombre d’adhérents oscille autour d’une vingtaine de villages dans plusieurs pays alpins. C’est la couche opérationnelle qui transforme le langage de la « mobilité douce » du traité en quelque chose qu’un voyageur peut réellement réserver.
Werfenweng est-il vraiment sans voiture ?
Werfenweng, dans le Land de Salzbourg, est un village modèle autrichien de « sanfte Mobilität » (SAMO) depuis 1997. Les hôtes qui arrivent en train — ou qui remettent les clés de leur voiture à l’office de tourisme — reçoivent la carte SAMO, qui leur donne un accès gratuit aux véhicules électriques partagés du village, aux navettes, à un taxi de nuit et à un transfert depuis la gare. Ce n’est pas que les voitures privées soient purement et simplement interdites ; c’est que tout le système est conçu pour rendre la voiture inutile, et récompense qui la laisse au garage. Environ 300 000 nuitées par an reposent sur ce dispositif.
Le modèle alpin signifie-t-il que les Alpes sont « douces » ?
Non, et la réponse honnête compte. Les Alpes restent l’une des plus grandes régions de tourisme de masse au monde, dominée par des économies du ski motorisées. Le Protocole Tourisme existe ; les villages sans voiture existent ; mais ils sont un régime minoritaire à l’intérieur d’une industrie conventionnelle bien plus vaste. La valeur du modèle alpin n’est pas qu’il ait triomphé — c’est que c’est le seul endroit où le « tourisme doux » a été couché par écrit comme une obligation, puis réellement construit quelque part où l’on peut se rendre.
Références
- Convention sur la protection des Alpes (Convention alpine) — texte-cadre — Convention alpine / Alpenkonvention, signée à Salzbourg le 7 novembre 1991 ; en vigueur depuis 1995. https://www.alpconv.org/fr/home/convention/convention-cadre/ Le traité international entre les huit États alpins et l’UE. ↩
- Protocole d’application de la Convention alpine dans le domaine du tourisme (« Protocole Tourisme ») — Convention alpine, signé à Bled le 16 octobre 1998 ; en vigueur depuis 2002. https://www.alpconv.org/fr/home/convention/protocoles-declarations/ L’instrument contraignant de tourisme durable. La Suisse a signé mais n’a pas ratifié les protocoles. ↩
- Rapport sur l’état des Alpes (RSA 4) : tourisme durable dans les Alpes — Secrétariat permanent de la Convention alpine, 2013. https://www.alpconv.org/fileadmin/user_upload/Publications/RSA/RSA4_FR.pdf La source de données officielle de la Convention sur le tourisme alpin. ↩
- CIPRA — Commission internationale pour la protection des Alpes — CIPRA International (fondée en 1952). https://www.cipra.org/fr/cipra L’ONG dont les documents fondateurs ont, les premiers, réclamé une convention alpine. ↩
- Alpine Pearls — villages de vacances sans voiture de « sanfte Mobilität » — Coopérative Alpine Pearls (constituée à Vienne en 2006). https://www.alpine-pearls.com/fr ↩
- Sanfte Mobilität — Die SAMO-Card — Tourismusverband Werfenweng (village modèle de mobilité douce depuis 1997). https://werfenweng.org/de/sanfte-mobilitaet/ [Allemand] La carte SAMO, la flotte électrique partagée et le dispositif de remise des clés. ↩
- Die Alpen: Geschichte und Zukunft einer europäischen Kulturlandschaft — Bätzing, W. C.H. Beck, Munich (édition revue). [Allemand] L’histoire savante de référence de la transformation des Alpes, tourisme compris. ↩
- Die Ferienmenschen (édition anglaise : The Holiday Makers, Heinemann, 1987) — Krippendorf, J. Orell Füssli, 1984. https://archive.org/details/holidaymakersund0000krip La racine intellectuelle bernoise de la critique du voyageur. ↩
- Alternative Tourism: Pious Hope Or Trojan Horse? — Butler, R. W. Journal of Travel Research 28(3), 1990, pp. 40-45. https://doi.org/10.1177/004728759002800310 [Anglais] La charge classique selon laquelle le tourisme à petite échelle est l’avant-garde du tourisme de masse. ↩
- Tourism’s troubled times — Wheeller, B. Tourism Management 12(2), 1991, pp. 91-96. https://doi.org/10.1016/0261-5177(91)90062-X [Anglais] Le sceptique le plus tranchant de l’époque : des micro-réponses à un macro-problème. ↩
Pour approfondir
- Tourisme durable dans les Alpes — Rapport sur l’état des Alpes (RSA 4)
Secrétariat permanent de la Convention alpine · 2013 · Convention alpine (PDF ouvert)
- La Convention alpine — présentation du traité et de ses protocoles
CIPRA International · 2021 · CIPRA — vivre dans les Alpes
- The Holiday Makers: Understanding the Impact of Leisure and Travel [anglais]
Jost Krippendorf · 1987 · Heinemann / Internet Archive (texte intégral)
Nos normes éditoriales
Ceci est une ressource indépendante, rédigée et tenue à jour par Steven Keen – qui n’a pas enquêté sur le séjour villageois sans hâte : il s’y est installé, en Crète, en 2023. Il achève un MSc en Responsible Tourism Management et est certifié par le GSTC et l’ICRT. Chaque affirmation est citée à sa source primaire, chaque page porte une date de dernière mise à jour honnête, et lorsqu’une source n’a pas pu être vérifiée à son origine, l’affirmation a été supprimée plutôt qu’édulcorée – le tourisme doux est un concept émergent, non un champ académique établi, et nous le disons clairement plutôt que de le gonfler. Nous divulguons le lien de l’auteur avec CRETAN®, l’initiative qu’il a fondée en Crète, partout où elle est mentionnée ; rien ici n’est sponsorisé, et le site ne vend rien et ne prend aucune réservation.
Lire nos normes éditoriales complètesSteven a passé dix ans à réaliser des documentaires dans les lieux que le tourisme oublie — ses travaux sont conservés dans les archives de l’Organisation internationale du travail de l’ONU — avant d’aller vivre dans l’un d’eux — un village de montagne en Crète, chez lui depuis 2023. Il achève un MSc en Responsible Tourism Management, est certifié GSTC et ICRT, et est le fondateur de CRETAN®, qui figure ici comme étude de cas.
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